L’effet Monica Bellucci», dit Thomas Gold, le fils du créateur de Great Lengths. Fondée en 1991, la société, qui fait 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, a doublé de taille en trois ans. Le marché explose car tous les salons de coiffure demandent désormais des cheveux. «Au début, les extensions, on les associait un peu aux bimbos genre Lolo Ferrari. Puis les actrices s’y sont mises. Et, pour les femmes, c’est devenu plus naturel. On s’en pose pour un mariage. Ou pour s’offrir un coup de jeune : c’est moins cher qu’un lifting», dit-on chez Dessange. A Cannes, pour satisfaire les désirs des stars, Dessange emporte ainsi 20 mètres d’extensions de cheveux de toutes les couleurs ! 20 mètres, ça fait combien d’Indiennes, au juste ?
Chine : les esclaves de la ville de la perruque
C’est dans le Henan, une province au sud de la Chine, que se trouve la ville de la perruque. Bienvenue à Xuchang. Ici, toute l’activité ne tourne qu’autour d’une chose : le cheveu. On fait des perruques. Mais aussi des extensions, des postiches, des cheveux pour poupées, des dreadlocks afro… Car la Chine est devenue le premier producteur de produits capillaires : elle en exporte pour 125 millions d’euros par an. Les cheveux ? Ils viennent d’Inde, des pays de l’Est, du Brésil. Et de Chine, évidemment, où des rabatteurs écument les villages, à vélo, pour acheter à vil prix des chevelures de paysannes.
Le titan du coin s’appelle Rebecca Henan Hair Products. Un empire avec ses 820 tonnes de cheveux traités, ses 3 500 salariés. Et ses esclaves… En 2004, un organisme enquêtant sur la persécution du Fa Lun Gong, un mouvement religieux prohibé en Chine, a montré que la société faisait travailler des détenues du Fa Lun Gong emprisonnées dans des camps de rééducation. Les femmes seraient vendues 80 euros. Et ensuite employées comme ouvrières… enfin, comme esclaves. Jamil Anderlini, correspondant à Pékin du « South Morning China Post », a pu s’infiltrer dans ces camps : «A Xuchang, j’en ai vu deux. On y triait, peignait des cheveux. En Chine, toutes les prisons travaillent pour des entreprises. Cela ne choque personne. Le problème, c’est les conditions de travail. Les détenues sont forcées de travailler la nuit, les quotas de production exigés sont intenables, elles peuvent être frappées avec des bâtons électriques, attachées…» Son enquête parue en 2005 a reçu un prix de journalisme et ravivé la polémique. D’autant que des grandes banques, comme HSBC, ING ou Merrill Lynch, sont dans le capital de Rebecca. «Nous les avons alertées, dit Chris Avery de Human and Business Rights Association. Elles se sont défaussées en expliquant qu’elles avaient juste acheté des actions pour le compte des clients…» C’est rentable, le business du cheveu…